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Dans l’optique de notre évolution vers une antenne NORML en France, il nous apparait judicieux de publier la traduction de cette intéressante interview d’Erik Altieri, nouveau directeur exécutif de NORML États-Unis (l’organisation mère dont nous dépendons) parue le 21 Février 2017. Cet article à aussi pour finalité de faire comprendre à nos partenaires, adhérents, sympathisants, et autres curieux, ce qu’est vraiment NORML au niveau international et d’où proviennent les membres qui le constitue.

Interview réalisée par Allen St-Pierre, lui même ancien directeur exécutif de NORML US.

Allen St. Pierre

Allen St. Pierre, ancien directeur exécutif de NORML avant de passer la main à Erik Altieri

Le 15 novembre, Erik Altieri est devenu le neuvième directeur exécutif de la National Organization for the Reform of Marijuana Law (Organisation Nationale pour la Réforme des Lois sur la Marijuana) depuis sa fondation en 1970, suite à mon départ après 11 ans à ce poste. 

L’expérience de directeur exécutif d’une organisation publique militante sans but lucratif telle que NORML peut être à la fois un paradis intellectuel et un enfer émotionnel. Aujourd’hui, de formidables opportunités existent pour promouvoir l’adoption de bonnes politiques publiques tant pour les consommateurs que pour les entreprises dans le domaine du cannabis – sur fond de rappels douloureux de l’échec probant de près de 80 ans de prohibition, toujours alimentée par les presque 2,000 arrestations quotidiennes effectuées par les forces de l’ordre aux Etats-Unis. 

A la croisée des chemins entre la persistance de la prohibition du cannabis par le gouvernement fédéral et la grande majorité des Etats qui ont décidé d’abandonner en totalité ou en partie ces politiques de prohibition ratées, le besoin d’un groupe de défense publique tel que NORML n’a jamais été aussi grand.

D’où venez vous, et où avez vous fait vos études ?

Je suis né et j’ai grandi au nord-est de Philadelphie et j’ai passé la fin de mon enfance au sud du New Jersey. Dans ma jeunesse je me suis fortement impliqué en politique, surtout du côté de l’activisme anti-guerre, car les Etats-Unis sont entrés en guerre en Afghanistan et en Irak au début des années 2000. Une fois contaminé par le virus de l’activisme, j’ai déménagé dans la capitale et me suis inscrit à l’Université où j’ai étudié la philosophie et la théologie.

Comment êtes-vous arrivé à l’activisme cannabique?

Je pense que comme beaucoup d’entre nous, je suis venu à l’activisme concernant le cannabis parce-que j’ai d’abord été un consommateur. Le cannabis a fait partie intégrante de ma vie quotidienne pendant mes années d’Université ; je trouvais que c’était un excellent moyen de décompresser à la fin d’une longue journée stressante, sans pour autant compromettre ma journée de travail ni mes cours du lendemain. Je me suis aussi aperçu que ça stimulait ma créativité, notamment quand je devais écrire des essais philosophiques pour mes études. 

Je pense que mon engagement actif a aussi été provoqué par mon agacement face à l’hypocrisie de nos lois concernant “les drogues”. Il ne m’a jamais semblé acceptable que toute un partie de la société puisse consommer -légalement- autant d’alcool qu’elle le jugeait approprié, mais que si je choisissais de passer une soirée chez moi en fumant un joint et en jouant à des jeux vidéo sans déranger personne, je risquais de voir ma porte enfoncée par des forces de police sur-militarisées. Le fait même de poursuivre ces politiques malgré leur échec durant près de sept décennies me semblait fou. La colère que cela a engendré m’a amené à devenir activiste dans le domaine du cannabis ; cela a défini ma vie pendant toute la décennie suivante.

Quand avez-vous commencé à travailler pour NORML, et comment cela a-t-il été décidé?

Même si j’étais passionné par la réforme des lois sur les drogues, je ne me suis pas formellement impliqué dans le mouvement avant 2007, date à laquelle j’ai été engagé pour faire un stage au sein de NORML. 

L’année précédente, Joe Forte, qui est un de mes amis, était allé à la Marche du Cannabis de Philadelphie et en était revenu incroyablement excité et motivé par ce qu’il y avait vu. Il m’a décrit cette organisation qui travaillait pour légaliser le cannabis au niveau mondial, le grand nombre de ses membres et des activistes qui oeuvraient côte à côte et portaient le combat jusque dans les rues de chacun des 50 États. Avant ça, je connaissais assez mal NORML et j’ai eu envie de me documenter et d’en apprendre davantage sur cette organisation et sur ses actions passées et présentes. 

Quand est venu le moment de trouver un emploi à Washington D.C., je me suis dit qu’une organisation telle que NORML devait bien avoir un bureau dans la capitale du pays. J’ai donc regardé ça de plus près et j’ai envoyé ma candidature. C’est comme ça qu’a commencé mon expérience bizarre, incroyable et parfois sauvage au sein du mouvement pour la légalisation du cannabis. 

Les conséquences dévastatrices de l’interdiction du cannabis sur notre nation comme les incarcérations massives, les problèmes d’injustice raciale et la guerre à toutes les drogues en général m’ont motivé à m’impliquer plus à fond et à m’attaquer à ces domaines.

A ce moment, quelles étaient vos responsabilités au sein de NORML? 

Après avoir commencé en tant que stagiaire, j’ai rapidement occupé la position de directeur des communications. J’ai organisé les activités de lobbying fédéral et étatique ainsi que la diffusion de propositions législatives, administré le réseau de médias sociaux de NORML et ai servi de porte-parole face à la presse. 

Je suis également devenu le nouveau responsable de NORML PAC. Mon travail consistait à favoriser l’élection de candidat-e-s favorables aux réformes des lois sur le cannabis à tous les niveaux hiérarchiques du gouvernement et à aider ces mêmes candidats à exprimer et à défendre notre cause de manière adéquate. Mon mandat initial pour NORML s’est déployé entre 2007 et le début de l’année 2015. Depuis la politique “tolérance zéro” de l’administration G.W. Bush jusqu’à l’approche plus libérale de Barack Obama, le pays a subi des changements importants pendant votre premier passage chez NORML.

Il est fascinant de regarder en arrière, au vu des importants progrès qui ont été accomplis ces quatre dernières années, pour ne citer qu’elles. Quand j’ai débuté mon emploi chez NORML, George W. Bush était encore président et l’idée qu’en moins d’une décennie huit États mettraient en place différents types de régulation du cannabis semblait complètement utopique.

La seule chose que l’on pouvait faire à l’époque était de se battre pour des changements de lois graduels – la décriminalisation et quelques programmes en faveur du cannabis médical – tout en aidant de notre mieux les victimes de la prohibition en fournissant un soutien juridique afin de faire éviter la case prison au plus grand nombre de consommateurs possible. 

Qu’est-ce qui a accéléré le virage vers des politiques de légalisation étatiques?

Je me souviens du rôle que Michaël Phelps, nageur olympique, a joué sans le vouloir. En 2008, quand il a été photographié consommant du cannabis lors d’une fête, le débat sur le cannabis et sa légalisation est arrivé sur la scène publique et a touché un grand nombre de personnes.

Avec Barack Obama candidat et lauréat aux élections présidentielles de 2008 et qui soutenait que la guerre faite aux drogues était un échec, le futur semblait s’éclaircir. Dynamisés par ce changement de cap, les militants ont pu déposer la “Proposition 19” en Californie afin qu’elle soit votée lors des législatives de 2010. Même si la “Prop 19” a finalement été rejetée par une faible majorité des votants, elle a fait “sortir le génie de sa bouteille” et a démontré à tout le pays combien la légalisation au niveau des États était proche et atteignable. 

Nous avons appris de nos erreurs pendant cette campagne et sommes revenus à la charge en 2012, menant à l’application de la légalisation au Colorado et dans l’état de Washington. Dès lors, tout retour en arrière était devenu impossible.

Pourquoi avez-vous quitté NORML en 2015?

À part un petit emploi dans le développement de sites web, NORML a été ma seule expérience professionnelle. Je suppose qu’après presque huit ans de travail pour une même organisation sur un sujet unique, j’avais envie d’un peu de renouveau et voulais m’essayer à d’autres terrains politiques. Je suis allé aider à revitaliser et à faire fonctionner quelques organismes communautaires tels que le Mayday PAC, dont l’axe principal vise à combattre l’influence néfaste des grands intérêts financiers sur notre processus politique. Mais comme on dit, “on est jamais aussi bien que chez soi” et quand l’opportunité de revenir au sein de NORML en tant que directeur exécutif m’a été donnée après deux années sabbatiques, je n’ai pas pu refuser. 

Maintenant que vous êtes de retour, quelles sont vos priorités?

Selon moi, les priorités pour NORML sont la modernisation et la mobilisation. 

De nouveaux systèmes pourront non seulement améliorer notre capacité à mobiliser lors de collectes de fonds populaires – l’élément vital de l’organisation – mais aussi à motiver plus efficacement nos sympathisants et à transformer leur engagement en un véritable pouvoir politique.
Il faut également s’assurer que nos sections et bénévoles sont soutenus dans leur travail de la meilleure manière possible. Nous devons également redoubler d’efforts afin de mobiliser les populations.

 Qu’est-ce que NORML réussit le mieux ?

L’atout de NORML vis-à-vis des autres lobbies militant pour la réforme des lois sur les drogues, c’est son vivier de militants issus de la société civile. L’action de NORML n’a jamais été de faire du lobbying assis derrière un bureau depuis Washington et ce ne sera jamais le cas. 

Le noyau central de NORML est fait de ces citoyens qui nous soutiennent et s’engagent localement pour le changement. Le coeur de l’activité de NORML consiste à aider les citoyens à prendre leur pouvoir en main et à changer les lois régissant leur communauté. C’est dans cet esprit que nous allons redoubler d’efforts en 2017 et travailler d’arrache pied pour fournir le soutien et les ressources nécessaires au succès de toutes ces initiatives locales.

Quels sont les points que NORML devrait améliorer?

Nous devons tirer profit de notre position particulière et de notre base de soutien nationale pour travailler avec nos nombreuses sections à la poursuite des réformes législatives au niveau local et étatique, tout en poursuivant un programme dynamique de revendications au niveau fédéral. 

Nous avons peu de chances d’être un jour financés par un unique donateur milliardaire, et je ne crois pas que cela soit souhaitable. En étant principalement financés par de petites contributions d’Américains de toutes catégories sociales, nous ne sommes liés à aucun intérêt particulier ou corporatif. Notre seul engagement est envers les consommateurs de cannabis. Depuis mes débuts dans l’organisation, nous avons pu accroître le volume total de nos soutiens populaires sans en changer l’esprit. Le montant moyen des donations dans les derniers mois de 2016 était de $35. 

Que l’avenir réserve-t-il à NORML?

NORML, c’est principalement des ressources et du potentiel. Je vise une révolution politique dans le pays initiée par les citoyens et en faveur de nouvelles lois sur le cannabis. NORML atteint un maximum d’efficacité lorsqu’elle soutient et amplifie les voix des Américains moyens qui en ont assez de l’impact dévastateur que la prohibition a sur leurs communautés, et les encourage à se dresser, se battre et à agir contre elle. 

Nous devons appuyer ces personnes et ces groupes avec davantage de ressources et de conseils en matière de mobilisation et de lobbying efficaces. Avec des dizaines de milliers de militants de base luttant à l’échelle internationale sous le label NORML, il s’agit simplement de déployer les ressources de manière intelligente et de donner à nos partisans les outils et l’information dont ils ont besoin pour réussir.

Nous devons également veiller, dans les États qui ont déjà progressé dans la légalisation, que des réglementations favorables au consommateur soient mises en place et que ceux-ci puissent obtenir des produits de qualité à des prix abordables. Enfin, nous devons poursuivre la lutte pour l’implantation de Cannabis Social Clubs. Je ne pense pas que quiconque d’entre nous ait pensé que nous allions légaliser le cannabis uniquement pour continuer à le consommer en solitaire dans nos caves et greniers.

Que risque-t-il d’arriver aux réformes des lois sur le cannabis pendant le mandat présidentiel de Donald Trump?

L’élection de Trump et la nomination de Jeff Sessions en tant que procureur général représentent certainement une sonnette d’alarme pour les partisans de la légalisation. Autrement dit, ceux qui désirent une réforme doivent être actifs et engagés, prêts et organisés. Ils ont besoin de se faire entendre, et de riposter contre toute tentative de supprimer les droits durement acquis. Cela ne veut pas dire que j’encourage l’inquiétude et la panique, pas du tout. J’encourage la vigilance. 

Quand nous agissons ensemble, nous pouvons faire face aux tempêtes potentielles et continuer à encourager une légalisation dans chaque État à travers le pays.

Freedom Leaf

Freedom Leaf est une revue américaine spécialisée sur les avancées législatives liées au cannabis.

 

A propos de l’auteur :

Allen St. Pierre est l’ex directeur exécutif de NORML, est actuellement le vice-président de la section communications et revendications de Freedom Leaf.

Traduction réalisée pour et par NORML France.

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