Imaginez un instant : vous êtes une citoyenne américaine respectée, une professionnelle dont la voix porte dans les congrès internationaux. Vous avez consacré plus de deux décennies de votre carrière à la science et au soin. Pourtant, dès que vous regagnez votre résidence à Bordeaux, cette légitimité s’efface devant une dissonance brutale : aux États-Unis, vous êtes une patiente, en France, vous êtes une délinquante. C’est le paradoxe vertigineux que vit Kristen Beury, dont le simple besoin de se soigner se heurte désormais à la peur permanente d’une arrestation.

QUAND L’ADMINISTRATION FAIT OBSTACLE AU SOIN

Experte du secteur médical aux États-Unis depuis 2000 et fondatrice d’un congrès scientifique international, cette New-Yorkaise a vu le cannabis devenir un médicament de pointe outre-Atlantique. À son installation en Gironde il y a quatre ans, elle a découvert un pays où le soin se heurte systématiquement au dogme politique.

Elle souhaitait intégrer officiellement l’expérimentation française, mais s’est heurtée à un refus administratif : sa nationalité américaine l’en exclut, en dépit de ses attaches familiales et de son statut de résidente. « Je me suis aperçue que je n’allais pas pouvoir avoir accès légalement à mon médicament », confie-t-elle, soulignant le choc de ne pouvoir ni poursuivre son traitement, ni rejoindre le seul dispositif légal existant en France.

UNE SUSPICION PERSISTANTE

Pour cette spécialiste, le blocage français n’est pas d’ordre scientifique, mais culturel. Elle pointe du doigt une suspicion persistante : « Quand on dit le mot cannabis, il y a une telle stigmatisation que c’est difficile de convaincre les gens qu’on ne se drogue pas, on se soigne », explique-t-elle.

« De vivre ici et d’avoir peur… tellement peur que quand j’ai mes médicaments sur moi, je vais me faire arrêter, ça me fait tellement peur »

— Kristen Beury

L’EXCLUSION DES FLEURS COMME FORME DE TRAITEMENT

L’autre point de rupture majeur réside dans la forme même du traitement. Kristen Beury dénonce l’exclusion des fleurs séchées du protocole médical français, une décision qui a privé de nombreux patients d’une efficacité complète. Pour l’experte, supprimer la fleur revient à ignorer la puissance de la plante entière, un non-sens au regard des standards internationaux. Elle prône une approche globale insistant sur l’importance du cycle complet de la plante pour le microbiome et la santé, fustigeant une méthode française qui a privilégié les huiles au détriment de la plante entière.

ÉDUQUER POUR MIEUX SOIGNER

Au-delà de son cas personnel, Kristen Beury milite pour une normalisation par la science et l’éducation. PDG de la Medical Resource Association, elle organise des événements éducatifs et des congrès pour informer les professionnels de santé comme le grand public sur le cannabis en tant que thérapie de première intention.

« C’est comme une fleur : impossible d’arrêter sa croissance, parce qu’elle est belle et nourrissante pour beaucoup de choses », résume-t-elle. Pour Kristen, l’enjeu dépasse le cadre législatif : il s’agit d’une urgence humaine pour que le soin ne soit plus vécu dans l’ombre et la honte. « Il faut réagir, il ne faut pas rester enfermé et dire « oh là là ça ne va pas bouger ». Il faut que nous, on bouge ».

31 MARS 2026 : UNE ÉCHÉANCE DANS L’INCERTITUDE

Alors que l’expérimentation s’achève le 31 mars 2026, l’incertitude demeure pour les 700 patients officiels et les exclus, comme Kristen Beury, restés au seuil du dispositif. Si la ministre Nathalie Richaud s’est engagée à prolonger l’accès aux soins pour les inclus, cette annonce reste une demi-mesure officieuse.

Sans durée définie et excluant délibérément la forme vaporisée, cette prolongation acte une rupture de soins immédiate pour les malades dépendants des sommités florales. Le témoignage de Kristen nous rappelle que derrière les débats législatifs se cachent des vies suspendues à une décision politique. Il est peut-être temps que le soin ne soit plus une source de crainte, mais un droit sereinement exercé.

Portrait de Kristen M. Beury

Repères biographiques : Kristen M. Beury occupe les fonctions de PDG et présidente de la Medical Resource Association, Inc., où elle met l’accent sur une éducation continue et une veille constante sur les avancées de l’industrie. Elle se consacre particulièrement à la promotion des bénéfices scientifiques des médecines végétales, notamment le cannabis médical, en tant que protocole de soin primaire. Forte d’une expérience de plus de huit ans exclusivement dédiée à cette industrie, elle est devenue une voix prépondérante dans la défense des pratiques fondées sur les preuves scientifiques.

Vous êtes patient·e et vous rencontrez des difficultés d’accès au cannabis thérapeutique ? Votre témoignage peut faire bouger les lignes.

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