Où sont passés les milliards de la sécurité ? Le ministère de l’Intérieur enseveli sous 290 400 procédures d’usage de cannabis et d’amendes à 500 € qui lui bouchent la vue sur l’incendie du 17 octobre.

Au lendemain de la mobilisation sociale du samedi 17 octobre 2026, Emmanuel Macron s’est empressé, lors de son allocution télévisée du dimanche 18 octobre à 20 heures, de rejeter la responsabilité des débordements sur son propre ministre de l’Intérieur en pointant publiquement la faillite du renseignement et de l’anticipation. Il aura donc fallu qu’une mairie centenaire parte en fumée à Limoges et que les policiers s’y retrouvent à court de munitions dès l’après-midi pour que l’opinion publique découvre la réalité du bilan de Laurent Nuñez.

Depuis des mois, l’ancien patron de la DGSI et du renseignement national engloutit des milliards d’euros et déploie une violence législative inouïe — amende forfaitaire à 500 euros, inscription au casier judiciaire, loi RIPOST, « permis piéton », « permis de tuer » et harcèlement des boutiques et consommateurs de CBD — contre des citoyens qui ne posent aucun problème de sécurité ni de santé publique. Une diversion répressive hors de prix destinée à masquer les défaillances structurelles de l’État, qui laisse aujourd’hui le ministère de l’Intérieur à nu, désavoué par l’Élysée et lâché par l’ensemble de la classe politique.

LE DÉSAVEU PRÉSIDENTIEL DU 18 OCTOBRE OU LA CHUTE D’UN « EXPERT DU RENSEIGNEMENT » AVEUGLÉ PAR SA PROPRE PROPAGANDE

Dimanche 18 octobre 2026, 20 heures. Le visage fermé devant les caméras, Emmanuel Macron tente d’éteindre l’incendie politique déclenché la veille en marge de la grande journée de mobilisation contre la vie chère et pour la défense des services publics. Samedi 17 octobre, pendant que des centaines de milliers de citoyens défilaient pacifiquement à travers l’Hexagone et les Outre-mer, quelques groupes violents et pilleurs opportunistes ont profité de la sidérante désorganisation de l’appareil d’État pour semer le chaos.

L’hôtel de ville historique de Limoges, joyau architectural de la fin du XIXe siècle, a été pris d’assaut et ravagé par les flammes jusqu’à l’effondrement de sa toiture et de son beffroi. L’office de tourisme de Lyon a brûlé, la mairie de Marseille a été envahie, la résidence du préfet à Bordeaux a été attaquée et près de 1 500 commerces ont été saccagés dans tout le pays.

Face au choc, le président de la République n’a pas hésité une seconde à désigner son fusible. Au détour de son allocution officielle, le coup de poignard présidentiel vise directement la Place Beauvau lorsqu’il déclare avoir « demandé au gouvernement d’en tirer toutes les leçons en matière de renseignement et d’anticipation et faire en sorte que cela ne puisse pas se reproduire », avant d’enfoncer le clou en martelant « J’attends des réponses claires et toute la transparence sera faite. C’est ce que j’ai demandé au ministre de l’Intérieur ».

Pour Laurent Nuñez, l’humiliation est totale. Car l’homme qu’Emmanuel Macron accuse à demi-mot d’amateurisme en matière de renseignement et d’anticipation n’est pas un novice. Ancien Directeur général de la sécurité intérieure (DGSI) de juin 2017 à octobre 2018, ancien secrétaire d’État à l’Intérieur de 2018 à 2020, ancien Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) à l’Élysée de 2020 à 2022, puis Préfet de police de Paris de juillet 2022 jusqu’à sa nomination comme ministre de l’Intérieur le 12 octobre 2025 — soit un an presque jour pour jour avant le fiasco de ce week-end —, Laurent Nuñez incarne depuis près d’une décennie la colonne vertébrale sécuritaire du macronisme.

Soyons clairs, le propos de NORML France n’est pas ici de pleurer sur les pierres calcinées de la mairie de Limoges, mais de réveiller l’opinion publique sur ce que cette séquence révèle de la faillite de l’État. On pourra au moins reconnaître aux événements du 17 octobre d’avoir mis en pleine lumière une cruelle ironie. Comment le grand spécialiste du renseignement français, doté de milliards d’euros de budget et d’un arsenal législatif toujours plus intrusif, s’est-il retrouvé incapable d’anticiper l’action de quelques centaines de casseurs ni de garantir l’ordre public ?

La réponse tient en une réalité que nous dénonçons depuis des mois. Le ministère de l’Intérieur n’avait plus les moyens d’assurer ses missions régaliennes parce qu’il a méthodiquement dilapidé ses budgets, ses effectifs et son énergie pour traquer une cible bien plus docile et rentable pour la « politique du chiffre », les usagers de cannabis et le marché du CBD.

DES MILLIARDS DILAPIDÉS CONTRE LE CANNABIS ET LE CBD PENDANT QUE L’ÉTAT SE RETROUVE À COURT DE MUNITIONS

À Limoges, le détail révélé par le maire Guillaume Guérin au lendemain du désastre résume à lui seul la faillite opérationnelle du ministère de l’Intérieur. En pleine journée du 17 octobre, alors que l’hôtel de ville était assiégé, les forces de police locales se sont retrouvées à court de munitions dès le milieu de l’après-midi, abandonnées sans renforts ni anticipation face à l’incendie. Où sont donc passés les milliards de la sécurité publique ? Où sont passées les centaines de milliers d’heures de terrain des policiers, des gendarmes et des magistrats ?

Il suffit d’ouvrir les propres publications statistiques de la Place Beauvau — que nous décryptions dès décembre 2025 lors de la parution du rapport annuel du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) et dans l’analyse du Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD) — pour comprendre l’ampleur du détournement. Sur une seule année, les forces de l’ordre ont été mobilisées pour dresser 290 400 procédures pour simple usage de stupéfiants, un chiffre en hausse continue depuis 2016 et en nette accélération depuis la généralisation de l’Amende Forfaitaire Délictuelle (AFD). Parmi ces interpellations d’usagers, 92 % concernent exclusivement le cannabis, et 95 % des amendes forfaitaires délivrées ciblent le chanvre, soit près de 267 000 procédures annuelles.

290 400
procédures annuelles pour simple usage (95 % d’AFD visant le cannabis)
1,8 Md €
engloutis chaque année dans la répression selon la Cour des comptes
76 %
d’amendes forfaitaires délictuelles (AFD) impayées (24 % recouvrées)
102 M€
récupérés par an (AFD + saisies), soit 18 fois moins que le coût dépensé

Pendant que l’État laisse ses mairies sans protection et ses services de renseignement dans le brouillard, il déploie une armée d’agents pour fouiller les poches de citoyens pacifiques, contrôler au faciès dans les quartiers populaires — où les jeunes hommes perçus comme noirs ou maghrébins ont douze fois plus de risques de subir une fouille intrusive — et harceler toute la filière légale du CBD. Commerçants contrôlés comme des narcotrafiquants, fleurs saisies au mépris du droit européen, consommateurs de produits bien-être traités en délinquants routiers à cause de tests salivaires incapables de distinguer une trace résiduelle de CBD d’une ivresse cannabique, tout l’appareil policier est sommé de faire du rendement sur des citoyens qui ne menacent ni la santé publique ni la paix civile.

Sur le plan budgétaire, le fiasco tourne au délire comptable. Selon l’évaluation de la Cour des comptes de novembre 2024, la lutte contre les stupéfiants engloutit chaque année 1,8 milliard d’euros d’argent public. Pour justifier ce gouffre, Laurent Nuñez et le gouvernement ont vendu à l’opinion la fable de l’amende forfaitaire portée de 200 à 500 euros afin de « frapper les consommateurs au portefeuille ». Or, c’est un mensonge d’État.

Les usagers verbalisés en série dans la rue, souvent jeunes et précarisés, ne paient pas ces amendes. Le taux de recouvrement des AFD plafonne péniblement autour de 24 % selon la Cour des comptes — soit 76 % d’amendes impayées comme le confirment les travaux parlementaires de la 17e législature et les magistrats financiers. Même en additionnant les maigres amendes effectivement encaissées et les 79 millions d’euros d’avoirs criminels saisis, les recettes réelles de la prohibition atteignent à peine 102 millions d’euros par an. L’État dépense donc 18 fois plus pour chasser l’usager qu’il ne récolte en le punissant.

Et voici désormais le gouvernement placé devant un double mur budgétaire d’une absurdité totale. D’un côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu vient de promettre que l’État paiera la reconstruction de l’hôtel de ville de Limoges — un chantier estimé en dizaines de millions d’euros — tout en devant accompagner en urgence les 1 500 commerces dévastés dont la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) chiffre les dégâts à plusieurs centaines de millions d’euros.

De l’autre, ce même État en faillite va devoir mobiliser des bataillons d’agents du Trésor public pour tenter de recouvrer de force la totalité des près de 300 000 AFD impayées ! Mais même si Bercy et Beauvau parvenaient par miracle à arracher ces quelques millions d’euros de manque à gagner sur le dos des usagers de cannabis, la somme resterait dérisoire face aux centaines de millions d’euros de dégradations du 17 octobre et au 1,8 milliard d’euros brûlé chaque année dans la prohibition.

Pire encore, cet acharnement sur le cannabis a directement nourri la véritable insécurité. Comme l’avouent le rapport du SSMSI et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT, décembre 2025), pendant que 95 % des amendes policières visent le cannabis, le trafic de cocaïne a explosé de +176 % depuis 2016 pour dépasser le marché du cannabis en valeur (3 milliards d’euros contre 2,7 milliards), l’ecstasy a bondi de +118 % et la présence des drogues de synthèse (3-MMC, 4-MMC, kétamine, 2C-B) a été multipliée par 5 à 11. Traquer le consommateur de chanvre n’a jamais fait baisser l’insécurité ; cela l’a aggravée en offrant un boulevard au crime organisé et aux violences armées.

DE LA LOI RIPOST AU « PERMIS DE TUER », COMMENT LAURENT NUÑEZ A MÉTHODIQUEMENT FABRIQUÉ LA FRACTURE SOCIALE

Dans son allocution du 18 octobre, Emmanuel Macron a tenté un numéro d’équilibriste en affirmant comprendre les « revendications légitimes » des centaines de milliers de manifestants inquiets pour le coût de la vie et le prix des carburants. Il a même reconnu que, depuis des semaines, la jeunesse exprime dans les lycées et les universités « une angoisse profonde » face à « l’idée qu’il n’y aurait pas de futur désirable ».

Mais qui a détruit ce futur désirable ? Qui a répondu tout au long de l’année 2026 à l’épuisement des travailleurs, à l’inflation et au mal-être de la jeunesse par une guerre sociale sans précédent ? C’est précisément Laurent Nuñez, avec son texte phare promulgué le 18 août 2026 (loi n° 2026-798), le bien nommé projet de loi RIPOST (Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens).

Rappelons comment ce texte de populisme pénal a vu le jour. Fin juin 2026, lors de son premier examen en Commission des lois à l’Assemblée nationale, la mobilisation conjointe de la gauche et du Collectif pour une nouvelle politique des drogues (CNPD) — réunissant notamment NORML France, Médecins du Monde, la Fédération Addiction, des magistrats et Policiers contre la prohibition (PCP) autour d’une liasse commune d’amendements — avait permis de balayer les mesures les plus répressives grâce à la stratégie parlementaire de la « coquille vide ».

Mais Laurent Nuñez et le camp présidentiel ont refusé d’entendre raison. Le 15 juillet 2026, à la faveur d’une « seconde délibération » expéditive juste avant le vote solennel, le ministre de l’Intérieur a fait passer son texte en force (366 voix pour, 182 contre) grâce à l’appui décisif des 119 députés du Rassemblement National, avant de verrouiller l’ensemble en Commission Mixte Paritaire le 21 juillet.

Le bilan de cet arsenal législatif porté par Laurent Nuñez constitue une véritable entreprise de mort sociale contre ceux-là mêmes qui défilaient le 17 octobre.

1. La double peine financière et professionnelle contre la jeunesse

Non content de porter l’AFD de 200 à 500 euros pour simple usage de stupéfiants — au mépris des alertes des addictologues qui dénoncent « la punition plutôt que le soin » —, le gouvernement a fait voter son inscription directe au bulletin n° 2 du casier judiciaire. Concrètement, pour un jeune étudiant ou travailleur précaire contrôlé avec un joint, ce n’est pas seulement un mois de budget alimentaire qui s’envole, c’est l’interdiction d’accéder à des centaines d’emplois dans la fonction publique, la sécurité, les transports, l’animation ou le médico-social. Voilà le « futur désirable » offert par Laurent Nuñez à la jeunesse de France.

2. Le « permis piéton » et la destruction de l’emploi des travailleurs

La loi RIPOST autorise désormais la suspension du permis de conduire (et de bateau) jusqu’à trois ans pour simple usage de stupéfiants, même lorsque le citoyen est interpellé à pied dans la rue, sans aucun lien avec la conduite d’un véhicule ! Une mesure complétée par la volonté affichée par Laurent Nuñez de ne pas s’opposer au signalement direct des usagers à leur employeur. Dans une France périphérique et rurale où les citoyens — ceux qui manifestaient samedi contre la flambée des carburants — dépendent intégralement de leur voiture pour aller travailler faute de transports en commun, retirer le permis revient à provoquer un licenciement immédiat.

Et cette guillotine sociale frappe tout autant les consommateurs de CBD légal, à l’image de Xavier, père de famille et dirigeant de PME en Gironde (dossier complet), ou de Nath-Apolline, maman auto-entrepreneure dans le Morbihan, privés de permis pendant près de deux ans sur la base de tests salivaires positifs à une molécule non psychotrope, comme le dénoncent sans relâche nos avocats partenaires Me Nicolas Hachet et Me Émilie Boyer. Comme le résume avec justesse la psychologue du travail Lydie Recorbet, l’État s’acharne à punir des millions de travailleurs pour éviter d’avoir à soigner un modèle de travail à bout de souffle.

3. La criminalisation de la fête et le sabotage de la Réduction des Risques (RdR)

Avec l’article 2 de la loi RIPOST, Laurent Nuñez a abaissé de 500 à 250 participants le seuil de pénalisation des rassemblements festifs musicaux non déclarés (free parties), exposant les organisateurs à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, et les simples participants à six mois de prison et 500 euros d’amende forfaitaire, tout en légalisant la saisie automatique des véhicules et du matériel de son. La majorité et la droite ont même rejeté l’amendement de Danielle Simonnet (LFI) proposant de remplacer ces amendes par des Travaux d’Intérêt Général au sein d’associations de Réduction des Risques. Même aveuglement à l’article 7, qui punit d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende l’inhalation de protoxyde d’azote, dupliquant l’échec sanitaire de la loi de 1970 au lieu d’investir dans la prévention.

4. L’effacement du juge judiciaire et la dérive vers le couvre-feu

En multipliant les amendes policières sans débat contradictoire et en permettant aux préfets de fermer administrativement des établissements en contournant le juge judiciaire (article 1 de RIPOST), Laurent Nuñez a méthodiquement érodé l’État de droit. Plus glaçant encore, au cours de la même semaine de juillet 2026, le gouvernement et l’extrême droite ont fait adopter la proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre — dénoncée par la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International et la gauche comme un véritable « permis de tuer ». Imaginez demain un travailleur ou un usager de CBD, déjà étranglé par une amende à 500 euros et terrifié à l’idée de perdre son permis et son emploi lors d’un contrôle arbitraire, qui panique face à un agent dont le tir sera désormais présumé légitime par défaut.

Toutes ces lois liberticides nous avaient été vendues au nom de la « préservation de l’ordre public ». Le résultat est sous nos yeux. Le 17 octobre, cet empilement répressif n’a sauvé aucun bâtiment public, n’a évité aucune violence et n’a protégé aucun commerçant. Au contraire, il a conduit le pays au bord d’une mini-guerre civile où la seule réponse d’Emmanuel Macron, le 18 octobre au soir, consiste à annoncer que les préfets iront « jusqu’à interdire quand il le faut certains rassemblements et en prenant toute action nécessaire », préparant les esprits à l’instauration de couvre-feux à six mois de l’élection présidentielle.

DE LA DROITE À LA GAUCHE, L’UNANIMITÉ CONTRE LAURENT NUÑEZ ET L’HYPOCRISIE DE SES ALLIÉS RÉPRESSIFS

Aujourd’hui, Laurent Nuñez se retrouve seul au milieu des décombres de sa politique, ciblé de toutes parts sur l’échiquier politique.

À gauche, les condamnations qui tombent au lendemain du 17 octobre résonnent comme la confirmation exacte des avertissements lancés trois mois plus tôt dans l’hémicycle lors de l’examen de la loi RIPOST. Dès le 7 juillet 2026, la députée Elsa Faucillon (GDR) avait magistralement autopsié la doctrine Nuñez en déclarant à la tribune que « Ripost » est « un mot d’ordre militaire, un terme de confrontation » et en ajoutant « Dans votre république, face aux difficultés sociales, l’État n’accompagne pas ; il ne prévient pas ; il ne protège pas ; il riposte. À chaque fait divers, une nouvelle infraction ».

De son côté, Ugo Bernalicis (LFI) avait dénoncé un système d’amendes forfaitaires où « dans la rue, le policier ou le gendarme rend un jugement comme un juge et éteint l’action publique comme un procureur », tandis que l’écologiste Damien Girard (EcoS) fustigeait le « cache-misère » d’une amende à 500 euros qui « ne règle ni la consommation, ni les addictions, ni les trafics » et qu’Andy Kerbrat (LFI) accusait le gouvernement de « tuer le bonheur, tuer la joie, tuer la spontanéité dans notre pays ».

Au soir du 18 octobre, le constat d’échec est donc implacable. Pour Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, le bilan du 17 octobre est un « désastre absolu » qui impose la démission immédiate d’un ministre de l’Intérieur « manifestement dépassé par la situation », incapable de protéger à la fois les villes et le droit de manifester pacifiquement. Du côté de La France Insoumise, Antoine Léaument et Mathilde Panot réclament eux aussi son départ sans délai (« Démissionnez, M. Nunez ! »), pointant le gouffre entre ses rodomontades sécuritaires et sa faillite opérationnelle. Quant au premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure, tout en condamnant fermement les casseurs, il met directement en cause la stratégie de tension permanente de la Place Beauvau en rappelant que « c’est la désescalade qui doit être recherchée, pas la confrontation ».

Mais c’est à droite et à l’extrême droite que le lâchage de Laurent Nuñez révèle la plus grande hypocrisie politique de l’année. À Limoges, le maire Les Républicains Guillaume Guérin, meurtri par la destruction de son hôtel de ville, fustige un « aveu d’échec colossal de l’État ». Dans son sillage, les cadres des Républicains (LR) et du Rassemblement National (RN) défilent sur les chaînes d’information en continu pour dénoncer l’impuissance du ministre de l’Intérieur, le laxisme gouvernemental et la perte de contrôle des centres-villes.

Quelle indécence ! Faut-il rappeler aux élus de la droite sénatoriale et du Rassemblement National qu’ils sont les co-auteurs directs de cet aveuglement policier ? Lorsqu’en juillet 2026, le député RN Michaël Taverne pérorait à la tribune de l’Assemblée nationale qu’« il faut frapper les consommateurs au portefeuille » tout en tentant de greffer des peines d’OQTF et d’interdiction du territoire français sur la loi RIPOST sous le regard complaisant de Laurent Nuñez, où était leur souci de l’efficacité policière ?

Ce sont les 119 députés du Rassemblement National et la droite parlementaire qui ont fourni à Laurent Nuñez sa majorité pour voter la loi RIPOST et la présomption de légitime défense. En validant par calcul électoral l’envoi de centaines de milliers de patrouilles chasser le fumeur de cannabis et le consommateur de CBD plutôt que de renforcer le renseignement et la protection des équipements publics, la droite et l’extrême droite ont scié la branche sur laquelle elles hurlent aujourd’hui.

POURQUOI UN TEL ACHARNEMENT CONTRE LES USAGERS AU LIEU DE LÉGALISER ? LE PLAIDOYER DE NORML FRANCE

Une question simple brûle désormais toutes les lèvres. Pourquoi un État confronté à une crise sociale majeure, à un déficit budgétaire abyssal et à des menaces réelles contre l’ordre républicain s’acharne-t-il avec des moyens aussi démesurés contre six millions d’usagers de cannabis et toute une filière économique du chanvre bien-être ? Pourquoi s’obstiner dans 56 ans d’échec de la loi de 1970 au lieu de légaliser et de réguler le cannabis ?

La réponse est politique. La guerre aux usagers est le dernier paravent d’un pouvoir qui refuse de regarder en face ses propres failles structurelles. Tant que l’on exhibe des centaines de milliers d’amendes forfaitaires devant les caméras, on tente de faire croire que l’État agit. Cet aveuglement est d’autant plus absurde qu’il suffit de regarder de l’autre côté de nos frontières européennes pour voir comment des États responsables libèrent leurs forces de l’ordre tout en protégeant leurs citoyens.

🇩🇪 Allemagne — -80 % de délits liés au cannabis et 173 000 procédures économisées par an

En Allemagne, où l’autoproduction de trois plants, la détention jusqu’à 50 grammes à domicile (25 grammes en public) et des centaines de Cannabis Social Clubs à but non lucratif sont désormais légaux depuis avril 2024, le bilan policier, judiciaire et sanitaire est sans appel. Selon la statistique criminelle de l’Office fédéral de police criminelle allemand (BKA), le nombre de délits enregistrés liés au cannabis s’est effondré de 80 % (passant de 215 865 en 2023 à 42 909 en 2025), sans aucune hausse de la consommation chez les jeunes selon les évaluations scientifiques. En supprimant près de 173 000 procédures inutiles par an, Berlin a immédiatement rendu ses policiers et ses magistrats à leurs vraies missions de sécurité publique.

🇨🇿 République tchèque — Désengorger les tribunaux et rembourser le cannabis médical à 90 %

Même pragmatisme en République tchèque, où la réforme du Code pénal adoptée à une large majorité par le Sénat (47 voix sur 62) et entrée en vigueur le 1er janvier 2026 autorise chaque adulte dès 21 ans à cultiver trois plants et à détenir jusqu’à 100 grammes à domicile (25 grammes en public) afin de désengorger les tribunaux, en complément d’un accès au cannabis médical remboursé à 90 % par l’assurance maladie.

🇩🇰 Danemark & 🇨🇭 Suisse — Pérennisation médicale et essais pilotes municipaux

Même dans les pays nordiques comme le Danemark, qui a pérennisé au 1er janvier 2026 son programme national de cannabis médical et vu s’ouvrir ses premiers espaces associatifs dédiés aux patients, ou en Suisse avec ses essais pilotes municipaux réunissant plus de 10 000 participants, la santé et la rationalité avancent.

🇫🇷 L’impasse française — 290 400 procédures d’usage et patients abandonnés

Pendant que nos voisins européens soulagent leur police, développent leurs filières ou soignent leurs patients, la France de Laurent Nuñez s’entête dans ses 290 400 procédures d’usage, brandit des amendes à 500 euros impayées et abandonne ses propres malades, avec à peine 1 200 patients intégrés sur les 3 000 prévus dans l’expérimentation du cannabis médical — et à peine 700 encore maintenus dans le dispositif début 2026 faute de généralisation.

Il est temps d’arrêter ce naufrage. Face au fiasco sécuritaire, social et budgétaire de Laurent Nuñez mis à nu le 17 octobre, NORML France porte un plaidoyer clair, chiffré et immédiatement applicable pour remettre l’État à l’endroit.

1

Abroger les mesures répressives de la loi RIPOST et dépénaliser immédiatement l’usage de stupéfiants

Il faut supprimer sans délai l’Amende Forfaitaire Délictuelle à 500 euros, son inscription au bulletin n° 2 du casier judiciaire et le scandaleux « permis piéton », tout en remplaçant les tests salivaires routiers actuels — qui piègent injustement les consommateurs de CBD — par de véritables tests d’évaluation comportementale de l’aptitude à la conduite. Cesser les 290 400 procédures d’usage annuelles permettra de restituer immédiatement des centaines de milliers d’heures de police, de gendarmerie et de renseignement à la protection réelle des citoyens et à la lutte contre la grande criminalité.

2

Légaliser et réguler la production, la transformation et la distribution du cannabis

En s’appuyant sur un modèle français équilibré intégrant l’auto-culture, les Cannabis Social Clubs (CSC) à but non lucratif, une filière chanvrière agricole et artisanale souveraine ainsi qu’un accès universel au cannabis thérapeutique, la France asséchera plus de 70 % du marché noir qui alimente les réseaux criminels.

3

Dégager plus de 4,5 milliards d’euros par an pour nos services publics et la paix sociale

Le calcul économique est sans appel. Comme le détaillent le plaidoyer économique de NORML France et la note d’analyse du CNPD, la légalisation régulée du cannabis rapporterait entre 2 et 2,8 milliards d’euros de recettes fiscales nouvelles chaque année, auxquels s’ajouteraient les 1,8 milliard d’euros aujourd’hui gaspillés en pure perte dans la répression selon la Cour des comptes. Au lieu de se demander comment payer simultanément des centaines de millions d’euros de réparations après les manifestations et le recouvrement forcé d’amendes impayées, l’État disposerait de près de 4,6 milliards d’euros par an pour financer la prévention, soutenir le pouvoir d’achat, réinvestir dans nos hôpitaux, nos écoles et nos communes, et redonner enfin un horizon désirable à la jeunesse.

Le 17 octobre 2026 et le désaveu présidentiel infligé à Laurent Nuñez marquent la faillite terminale du tout-répressif. La sécurité des Français ne se construira jamais sur la traque aveugle des usagers de cannabis ni sur le sacrifice des libertés publiques. Ne restons plus les boucs émissaires silencieux d’un État qui détourne le regard de ses propres responsabilités.

💚 Soutenez une réforme juste, pragmatique et fondée sur les preuves, rejoignez et adhérez à NORML France !

📚 Pour aller plus loin et sources de l’article (cliquer pour afficher les références)

Sources présidentielles, gouvernementales et événements des 17-18 octobre 2026

Travaux parlementaires, textes de loi et comptes rendus intégraux (2025-2026)

Rapports budgétaires, statistiques et scientifiques récents (2024-2026)

Médias et société civile (France, 2025-2026)

Bilan des réformes européennes (Allemagne, République tchèque, Danemark, Suisse)

Dossiers et plaidoyer de NORML France

➡️ Contactez-nous info@norml.fr

➡️ Rejoignez la communauté Discord NORML France