Ce 28 septembre, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé a publié sur son site internet la liste des personnalités nommées au sein du Comité Scientifique Spécialisé Temporaire qui sera chargé d’évaluer les perspectives d’évolution de la France en matière de cannabis médical.

Un comité avec des usagers-experts

Le comité est composé de treize membres presque paritaires (6 femmes, 7 hommes dont un est le Président). Ils sont issus des quatre coins du pays et sont davantage dépeints comme des experts. Les usagers du système de soin sont bien représentés au sein de ce comité qui donne la parole à quatre personnalités issues des associations traditionnelles de représentation des usagers et qui travaillent depuis de nombreuses années sur ces questions.

Il s’agit d’abord d’Elodie Bégué, chargée de mission sur les essais cliniques au bénéfice des malades au sein de la Ligue Contre le Cancer. Cette spécialiste du processus d’intégration du médicament est aussi coordinatrice du Comité de Patients pour la Recherche Clinique en Cancérologie. Il y a ensuite Catherine Sebire, Directrice de l’Association Pour Vaincre la Douleur (AFVD) qui réunit 150 « adhérents, patients, parents et amis, bénévoles et salariés sur l’ensemble du territoire national« . Enfin, on note la présence d’Annie Le Palec, représentante de Sida Info Service au sein du TRT5 (Groupe inter-associatif traitements et recherche thérapeutique qui réunit notamment des associations comme Aides ou Act-Up Paris). Enfin, on note la nomination du médecin du sport et nutritionniste Pascal Douek, issu des rangs de l’ARSEP, la Fondation pour l’Aide à la Recherche sur la Sclérose en Plaques et lui-même concerné par cette pathologie. 

Si l’on regrette évidemment l’absence d’une association comme l’Union Francophone pour les Cannabinoïdes en Médecine, force est de reconnaître que les représentants des associations qui ont été nommés semblent incontournables sur leurs indications et qu’ils pourront apporter une expertise et des compétences réelles en la matière. On ne doute pas de la qualité du travail que feront ces quatre représentant.e.s et leurs souhaitons toute réussite dans ce projet ambitieux qui s’engage. 

Un comité au panel d’expertise large

Tel qu’il a été constitué, le comité peut revendiquer une expertise générale et large. Cette flexibilité permet aussi une étude élargie des indications du cannabis.

Ainsi, on constate la nomination de Georges Brousse, Professeur d’addictologie et de psychiatrie, il a été pendant plusieurs années responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique du CHU de Clermont-Ferrand. On remarque aussi la nomination de Laure Copel, Chef du service de l’Unité de Soins Palliatifs du Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon. S’agissant des soins palliatifs et plus globalement de la question d’un traitement compassionnel par le cannabis, elle semble pouvoir apporter une expertise et des compétences très pertinentes en la matière. Les neurologues sont quant à eux bien représentés avec d’une part Gilles Edan (neurologue au CHU de Rennes) et l’incontournable neurochirurgien Béchir Jarraya qui a mené des études sur la Maladie de Parkinson et qui apparaît comme l’une des personnalités marquantes de ce comité. 

Outre Serge Perrot (qui a étudié la douleur durant de nombreuses années et qui est une figure de l’engagement pour la reconnaissance de la fibromyalgie comme maladie et non comme syndrome), ou Ivan Krakowski (spécialiste en oncologie médicale et en médecine de la douleur), nous constatons la nomination inédite de Marie Jauffret-Roustide, sociologue de renom, personnalité incontournable des sciences humaines. Omniprésente et toujours en action, cette intellectuelle est active depuis de nombreuses années sur les questions relatives à la place des usagers dans la société, elle développe au quotidien des connaissances, des concepts, une expertise qui inspirent et guident la recherche dans de nombreux domaines.

Un comité d’experts ambitieux

Ce comité est offensif. Les nominations sont symboliques et déterminantes, il réunit un panel large de spécialistes. Si la vitrine semble particulièrement alléchante considérant l’enjeu qui se dessine, on se demande surtout ce qu’il en sera dans la boutique !

Ce comité est ambitieux, ses experts sont indiscutables de neutralité, de compétence, de légitimité. Mais quid de l’engagement ? Quid de l’intérêt supérieur du patient ? Quid de la connaissance de terrain ou de l’expérience de mise en oeuvre d’une véritable autorisation du cannabis médical ? Il y a du travail, car les expertises s’additionnent sur les indications, sur ces nombreuses pathologies que le cannabis médical peut concerner, mais qu’en sera-t-il des résultats concrets pour la révolution attendue depuis de trop nombreuses années ?

On s’interroge, mais on reste confiants. Il vaut mieux garder les pieds sur terre. De toute façon, il y a du pain sur la planche, alors allons-y : au travail ! 

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